Qu’est ce qui rend possible la croissance ?

ricardoSe poser la question « pourquoi la croissance ? » revient à vouloir mettre en lumière les facteurs et causes de la croissance pour aboutir à l’inévitable constat de sa complexité. Pour cela il faut étudier les facteurs principaux de la croissances, la difficulté des modèles théoriques de croissance et deux autres facteurs de croissances souvent ignorés à tort.
ricardoLes premiers économistes à s’être intéressés à la croissance ont tout de suite observé des facteurs principaux. Pour les économistes pionniers et leurs successeurs, le capital et le travail sont à la source du phénomène de croissance. L’économiste écossais Adam Smith, dans son œuvre Recherche sur la nature et les causes de la richesse des nations publié en 1776, a souligné l’importance du facteur travail notamment à travers le concept de division du travail qui serait selon lui source de richesse. Le facteur travail engendrait selon cet auteur classique des effets d’apprentissage et d’accumulation du capital à l’origine de profit, puis d’investissement et donc de hausse de la productivité et de croissance. Pour l’Anglais, David Ricardo ce qui permet de contrecarrer le phénomène d’Etat stationnaire mis en évidence dans son œuvre, c’est l’échange international et le progrès technique qui ne sont pas pour autant des facteurs considérés comme facteurs de de croissance. Un siècle plus tard, l’économiste inclassable Joseph Schumpeter a souligné l’importance considérable de l’innovation dans la dynamique économique et donc dans le phénomène de croissance. Cependant ces facteurs n’expliquent pas à eux seuls la croissance. Ils sont évidemment nécessaires mais pas suffisants, d’autres facteurs s’y ajoutent.
Certains modèles théoriques de croissance mis au point par de célèbres économistes permettent de se rendre compte de la complexité de la croissance, en tentant d’évaluer l’importance respective des facteurs de croissance.
Dans le modèle keynésien d’Harrod-Domar, la croissance est vue comme le résultat d’une alchimie unique, on ne peut y aboutir autrement. L’économiste Domar montre que l’investissement a deux effets : un effet de capacité et un effet de demande par le biais du multiplicateur. Il faut les ajuster subtilement pour accéder à la croissance. Harrod, lui, s’efforcera de montrer que la croissance résulte bien d’une alchimie unique.
Dans le modèle de Solow de l’économiste américain du même nom, le progrès technique est automatiquement mis de côté car considéré comme une manne tombant du ciel. Solow montre alors plutôt l’importance de l’accumulation de capital pour expliquer la croissance. Or, le progrès technique ou encore « résidu » représenterait pas moins de la moitié de la croissance des 30 Glorieuses en France selon Carré, Dubois, Malinvaud . Expliquer la croissance n’est donc pas chose facile.
Deux possibilités apparaissent donc pour expliquer la croissance : en mettant en avant l’augmentation du revenu comme facteur de croissance et en endogénéisant les taux d’intérêt ce qui est une optique keynésienne, ou bien comme le font les théoriciens de la croissance endogène comme Barro en expliquant la croissance comme une accumulation de capital source de rendements croissants à l’origine d’effets externes. Barro et Lucas réinsisteront aussi sur le rôle de l’Etat qui est le seul à même de gérer ces effets externes. Mais là encore on rencontre une difficulté. Si on endogénéise le progrès technique et qu’on se limite à le caractériser comme étant l’œuvre du libre arbitre des individus, alors on en vient à se demander quelle part de leurs profits les entreprises doivent elles investir en recherche et développement.
Mais ce n’est pas tout, d’autres facteurs souvent oubliés sont facteurs de croissance et doivent être rétablis, comme le facteur socio-culturel. Selon Max Weber, l’éthique protestante serait source de richesse puisque valorisant des valeurs telles que le travail et le mérite. Dans des pays comme les Etats-Unis, cette éthique protestante serait donc un des piliers de la richesse et par extension, de la croissance.
Par ailleurs, la croissance dépend de plus en plus des autres et du reste du monde. Il est un fait qu’en économie ouverte le poids joué par les actifs situés en dehors du territoire national est devenu considérable. Une politique de relance isolée de l’activité économique ne pourrait que s’y confronter. Tenter de relancer l’économie seul, c’est risquer de profiter seulement aux autres pays, l’augmentation du pouvoir d’achat ne se dirigeant pas forcément vers l’offre nationale. Ces deux facteurs s’ajoutent donc aux facteurs fondamentaux évoqués plus haut et complexifient encore plus la croissance.

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